Auriol Pascal MOTENG
Le créatif exerçant aux USA invité au Cameroun par Publicity and Design parle de la Direction artistique.
La limite du créatif est son imagination
Quelle est la différence entre un infographiste et un directeur artistique ?
Etablir la différence entre les deux métiers revient nécessairement à décrire la démarche créative qui permet de distinguer les niveaux d’intervention du directeur artistique et de l’infographiste. Le processus créatif commence avec le département marketing du client, qui motivé ou pas par des études marketing, précise ses attentes à travers un brief. L’agence conseil, sur la base du brief produit un document appelé recommandation stratégique ou « reco ». C’est ici que commence la distinction entre les deux profils de métier. En effet, le directeur de la création élabore le concept, concept que le directeur artistique matérialise, décline. C’est seulement à ce niveau qu’intervient alors l’infographiste, qui doit nécessairement être très habile avec les logiciels de montage. Voici résumé les différences entre ces deux profils de métier complémentaires dans le processus créatif.
D’après votre expérience personnelle, que conseillez-vous pour passer d’infographiste exécutant à Directeur Artistique ?
Je pense qu’il faut d’abord avoir une passion forte pour l’art graphique en général. Toujours développer en soi l’envie de créer, d’imaginer. En ce qui me concerne, dès le bas âge, je dessinais, je peignais, avec le temps je me suis mis à créer et même élaborer des concepts. Avec ce désir de toujours me surpasser et repousser les limites de mon imagination, le métier d’infographiste est devenu ennuyeux pour moi ; c’est pourquoi, un an à peine après mon arrivée à MC CANN en 2008, j’ai pu passer d’infographiste à directeur artistique.
Parlez-nous un peu de votre journée de travail dans votre environnement aux USA ?
Généralement, dès réception d’un projet, un retro planning est élaboré et les tâches sont assignées à chacun. Chaque matin au cours des réunions, on essaie de savoir où chacun en est dans la réalisation de ses tâches. Ce qui est important de souligner, c’est que nos journées de travail sont aménagées de sorte à favoriser la réalisation de notre job description. Le travail créatif n’est pas automatique ; rentrer par exemple avec son disque dur ou clé USB est normal, parce qu’on suppose qu’une merveilleuse idée peut nous surgir en pleine nuit.
Quand vous regardez l’environnement camerounais aujourd’hui pensez-vous que nous avons encore beaucoup de chemin à faire ?
L’analyse que j’ai faite depuis mon arrivée est assez paradoxale. Pour ma part, la créa au Cameroun a grand besoin de passion. J’ai souvenance que dans les années 1999 et 2000 les campagnes étaient réalisées au Cameroun, par des professionnels qui malheureusement ont presque tous quitté le pays. Je pense avec regret que ces campagnes sont bien meilleures que celles observées aujourd’hui dans nos rues. De plus le fonctionnement des agences est inquiétant, autant au niveau du profilage des employés, que dans l’assignation des jobs description au personnel. Pourtant les logiciels ont évolué, les machines sont de plus en plus performées, les techniques de plus en plus affinées. Le paradoxe naît du fait que malgré ces constats, le public camerounais semble se satisfaire de ces campagnes proposées. En résumé je dirais la longueur du chemin n’est pas si important, c’est la manière de l’aborder qui donne le change. Le créatif n’a pour limite que son imagination donc le chemin reste long pour celui là qui aime créer car il cherchera en permanence à élever le niveau.
Quand je regarde, je vois Dynamics digital media. Au-delà de l’infographie vous gérez les spots Tv ?
Ces derniers temps, j’ai fait énormément de spots tv animés et je pense que ce type de support a un grand succès dans notre environnement. Les spots Tv animés présentent de multiples avantages en termes de coût, de temps de réalisation, et évitent un bon nombre de désagréments qu’on retrouve en faisant des spots des personnages réels. Je me suis formé dans ce domaine au COMMUNITY AND TECHNICAL COLLEGE qui est un peu l’équivalent du DUT au Cameroun. Tout récemment j’ai reçu un BACHELOR en CREATIV and DESIGN. Bref ces spots Tv animés autant que la 3D que je maîtrise, sont à mon avis des supports accessibles mêmes aux entreprises à bas budget. Nous avons d’ailleurs l’intention à Publicity and Design de devenir la référence dans la conception et la production de ce genre de support de communication.
Quel est le budget minimum pour une campagne publicitaire en 3 D?
Le budget qui couvre le processus créatif jusqu’à la production des supports est minimalement de 5 millions de FCFA. Ce budget tient compte des actions ATL donc avec les supports de communication classiques TV, Radio, affichage.
Comment voyez-vous le marché camerounais en termes de perspectives ?
Avant de parler de perspectives du marché camerounais, il nous faut assainir la profession et celle-ci doit commencer par la restructuration des contenus des formations publicitaires dans nos écoles. Il nous faut de vraies écoles publicitaires et de vraies écoles d’infographie car un infographiste c’est d’abord un artiste. L’accent doit être mis dès la sélection dans l’école, ça devrait être une chasse de véritables passionnés. Si on réussit ce premier défi de formation, je vous assure que ces professionnels susciteront le besoin de communiquer même dans les marchés les plus concurrentiels et saturés fussent-ils.
Propos recueillis par Idriss Lissom